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Le Japon et ses sacrées bêbêtes

De nombreuses espèces animales alimentent les croyances de la société nipponne. Parfois jusqu'à l'excès...

Le Japon est toujours passionné par de sacrées bébêtes. En effet, la culture et la religion japonaise continuent d'entretenir des liens très étroits avec le règne animal.

Les Japonais ont donc un bestiaire superstitieux qui façonne toujours leur vie moderne.

Par exemple, les corneilles en sont la représentation type : jadis tenues pour des émissaires divins, elles sont devenues un véritable fléau à Tokyo !

Elles sont considérées comme des oiseaux de bon augure (le contraire de chez nous). Cependant, elles se sont reproduites comme de véritables rats ailés, attaquant les immondices de la société de consommation avec une rare férocité. Ces volatiles sont tellement nombreux à Tokyo qu'ils font la navette comme les humains ! En effet, comme elles ne pouvaient plus toutes nicher dans les parcs et autres temples citadins, elles vont désormais se reposer dans les banlieues et viennent quérir leur nourriture en ville, la journée. Là, elles mettent au point des stratégies à peine imaginables : pour récupérer la chair de certaines noix difficiles à briser, elles les placent volontairement sur une route et attendent qu'un véhicule roule dessus et les casse.

Autres animaux : les guenons qui sont le symbole des naissances heureuses.

Ou encore les grues qui sont considérées comme des portes-bonheur. Elles incarnent également la longévité. Un dicton japonais dit : « Qui plie mille grues de papier voit son voeu exaucé ». Une anecdote concernant les grues : Sadako Sasaki, une enfant de 12 ans, demeure ainsi dans la conscience nationale. Exposée au rayonnement du bombardement atomique d'Hiroshima, elle n'a pu plier que 644 grues avant de décéder de la leucémie, en 1955. Ses camarades de classe ont confectionné le reste pour que la petite soit enterrée avec une guirlande de mille grues.

Les ours sont d'autres animaux sacrés d'importance. Mais leur cote d'amour est en chute libre depuis qu'ils «ennuient» des villageois. L'archipel compte plus de 10.000 ours à collier, reconnaissables à leur tache blanche en croissant de lune autour du cou. L'animal est encore vénéré, mais les populations rurales s'équipent de sprays « anti-ours » et autres grosses cloches pour effrayer ces plantigrades. Affamés depuis que l'homme a modifié leur habitat naturel, ils descendent de leurs forêts et se rapprochent des poubelles de la civilisation. Les rencontres sont rudes entre l'homme et l'ours (2m de hauteur !). En une seule année, plus de cent incidents ont été recensés. Plusieurs personnes ont été blessées et une poignée d'entre elles est décédée. Les chasseurs ont donc ressorti leurs fusils et les ménagères leurs recettes de ragoût d'ours ! Tant pis pour cet animal dont l'origine mystique est lunaire.

Reste que cette ménagerie, si passionnante soit-elle, fait pâle figure face à la nouvelle idôlatrie des Japonais. Les véritables animaux sacrés de l'île, ce sont désormais les chiens. Il suffit d'observer les toutous des parcs affublés d'un beau gilet et d'un collier parfois agrémenté de bijoux. Cette « faune » des villes vit malgré elle dans le luxe, mange des repas de gastronome et change de garde-robe selon les caprices de la météo. Des sociologues y voient l'effet de la dénatalité au Japon. S'il y a moins d'enfants, le vide affectif serait en partie comblé par ces animaux.

Lys09